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Economie

 

Les Yao Mien et Mun : la vie dans les montagnes

Il n’est pas possible de déterminer où vivaient les Yao en Chine, avant l’époque de la dynastie des empereurs Tang. Jusque là, les chinois ne distinguaient pas, dans leurs chroniques ou écrits, les diverses et multiples minorités non Han (non chinoises) éparpillées en Chine, et les englobaient toutes sous le vocable « Man » voulant dire « barbares ».

Cependant les Yao, sous la dynastie des Tang, reçoivent une identité spécifique de minorité ethnique. Ils deviennent des « Mo Yao » ou Yao non corvéables.

Il est possible qu’à cette époque ils vivaient dans les vallées, au sud du fleuve Yang Tse Kiang.

800 458Un des empereurs Tang décida de leur donner le droit de vivre librement, à condition de rester dans les montagnes et d’y poursuivre leur culture par « le fer et le feu », de s’y mouvoir à volonté, de ne pas se marier avec des Chinois ou des Chinoises. Sous ces conditions, ils devenaient exempts de corvées, de taxes ou d’impôts et de service militaire. Ceci fut officialisé par un édit officiel de l’empereur, appelé « charte de l’empereur Ping », aussi connue sous le terme de « charte permettant de voyager à travers les montagnes ». En chinois, elle est nommée « Guo Shan Bang », en Mien ou Mun « Cia Sen Pong ».
Cette dite charte est un document écrit, sur un papier de bambou ou sur coton, portant la liste des douze clans Yao entre autres explications. Ce document prend la forme d’un long exposé pouvant aller d’un seul tenant jusqu’à 7 mètres de long sur environ 45 à 50 cm de large. Il peut être illustré de dessins relatifs à l’origine des Yao,et en second lieu, de références au Taoïsme. Ce document a été remis à jour au fil des règnes des divers empereurs. La dernière version, dont les copies successives nous sont parvenues, date de la fin de la dynastie des Song du Sud en 1261. Dans chaque village il existait au moins une copie de ce document précieux et fort utile. De nos jours, il en reste encore des exemplaires parmi certaines familles, mais en Chine la plupart ont été détruits par les Gardes Rouges lors de la Révolution Culturelle.
D’ailleurs, au début du XXeme siècle, au nord Vietnam, un officier français désirant des hommes de corvée et se présentant dans un village Yao pour ce faire, se vit présenter cette charte de l’empereur Ping, exemptant les Yao de corvées. Et ledit officier de battre en retraite les mains vides…
A la fin de la dynastie Tang, des troubles locaux nombreux poussèrent les Yao plus au sud vers le Hunan, le Guandong puis le Guangxi. Il semble que les Yao Mun se soient dirigés plus à l’est vers le Fujian au-dessus de la province du Guangdong. Pour d’autres Mien, une légende persistante veut qu’après trois années d’extrême sècheresse, ils soient partis de la région de Nanjin par bateaux et se soient retrouvés après de nombreuses péripéties dans le sud Cantonnais, pour aller ensuite s’établir dans les montagnes du nord-ouest de cette province (où certains se trouvent encore). Puis ces Mien sont passés dans le sud du Hunan et l’est du Guangxi, à proximité. Les Mun ont aussi commencé à quitter le Fujian et se sont établis au Guangxi.

800 275Au fil des ans, les terres venant à manquer ou s’épuisant, ces deux branches Yao ont migré par groupes, sous-groupes ou villages, mais non en bloc,vers l’intérieur du Guangxi, puis plus à l’ouest dans le sud de la province du Yunnan. Vers le XVe ou le XVIe siècle, certains groupes Mien comme les Kem ou Kam Mien sont entrés au nord du Vietnam par la frontière ouest du Guangxi et s’y sont fixés, de même que des Mun. D’autres, venant du sud du Yunnan, se sont installés à l’extrême nord du Vietnam. Les siècles suivants ont vu d’autres groupes arriver de la même manière au nord du Vietnam alors que d’autres groupes ou sous-groupes sont restés au Guangxi, au Hunan et au Yunnan. Puis, certains de ces Mien et Mun sont passés du sud du Yunnan au nord du Laos et de la Thaïlande. A la fin du XIXe siècle, des groupes Iu Mien Tapan sont entrés au nord de la Thaïlande. Les Mun, eux, se sont arrêtés au fleuve Mékong et ne sont pas entrés en Thaïlande. Certains Mun sont passés du Vietnam au Laos. Tout ceci se faisant depuis à peu près 800 ans. Les raisons étant toujours les mêmes, politiques, économiques, par manque de terres, ou à cause de divers troubles régionaux.

Il y a environ 300 ans, un large contingent de Mun fut envoyé du Guangxi sur l’île méridionale chinoise de Hainan pour faire contrepoids à une rébellion d’une autre minorité, les Yi. Les descendants de ces Mun y sont toujours. Il est amusant que les chercheurs chinois les aient confondus avec des Miao jusqu’à nos jours, sans se rendre compte que ces gens ne parlaient pas le Miao mais une langue différente qui est le Mun, et que, de plus, ils étaient Taoïstes alors que les Miao ne le sont pas du tout… Les Hmong sont une des nombreuses branches de la minorité Miao.

Il est parfois raconté que des Yao Mien se trouvent en Birmanie. Ceci est complètement faux mais répété « ad nauseam », sauf bien sûr par les Yao eux-mêmes. Ce qui s’est produit en réalité, c’est que vers le milieu des années 1920, quelques villages de Mien situés au Laos près de la frontière nord-est des Etats Princiers Shan ont décidé pour quelque raison d’aller s’établir dans cette région. Mais après quelques décades, ces Mien ont résolu de retourner dans leurs régions d’origine. D’autre part, en 1949, lorsque les armées du Guo Ming Tang de Tchang Kai Check situées au Yunnan ont reflué devant l’armée de Mao Tse Tung, elles se sont dirigées verts le sud en direction de la Thaïlande. Un groupe de Iu Mien a décidé de se joindre à l’armée du Guo Ming Tang et pour ce faire, tous ont traversé les Etats Shan dans ce qui est aujourd’hui la Birmanie ou Myanmar, et se sont arrêtés en Thaïlande du nord, les Mien se fixant dans les environs de la ville de Fang et de Mae Salong. Aucun Yao n’est donc resté en Birmanie dans les deux cas. Ces faits sont relatés dans les « livres des ancêtres » de ces familles.

Les Yao Mien et Mun sont répartis en douze clan comme définis à l’origine par leur géniteur, le roi Pan, ou Pan Wang, soit en Yao Pieun Hung : le chien à cinq couleurs. Mais plus tard, pour des raisons de difficultés à trouver à se marier, des sous-groupes ont été formés. En effet, les Yao, société patrilinéaire, sont exogames, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent se marier avec une personne du même clan, ceci évitant entre autre la consanguinité. Le système des sous clans permet donc d’étendre les possibilités de mariage.

800 6D’autre part, les Yao adoptent volontiers des enfants en bas âge d’autres minorités, soit parce que le ménage ne peut en avoir, soit parce que la mortalité infantile, à une époque, était assez vive et que les enfants sont la source de main d’œuvre familiale. Ils auront la charge des parents lorsque ceux-ci seront plus âgés et qu’ils devront, pour les mâles, assurer la survie du clan et la survie des âmes des ancêtres de ce clan. Il est très intéressant de noter que, dans le cas des adoptions, les Yao ne font aucune différence entre les enfants adoptés et leurs propres enfants. Ils sont devenus Yao à part entière et il n’est jamais fait remarque de leur naissance différente. Ils reçoivent les mêmes ancêtres que le reste de la famille, un nom de clan et ont les mêmes droits et obligations que les autres. Ils sont maintenant Yao d’un certain clan à part entière.

Les enfants reçoivent deux prénoms, les garçons ont un nouveau prénom religieux le jour de leur initiation. Les filles, elles, sont dotées d’un numéro pour le prénom du milieu, qui représente l’ordre de naissance vis-à-vis des autres sœurs ainsi qu'un nom religieux lorsque son époux est ordonné prêtre.

Une femme Yao perdra ses ancêtres de clan et de famille lors de son mariage et prendra le nom de clan de son mari. Elle a le droit de divorcer et dans ce cas retourne dans sa famille d’origine. Un homme peut demander de changer de clan pour certaines raisons spécifiques, mais la chose est rare.
Les Yao sont monogames et se partagent les tâches, responsabilités et travaux suivant les capacités des deux sexes. En général, la nouvelle mariée habite chez son mari ou dans la famille de son mari, mais dans le cas où la famille du marié ne peut payer la dote de sa future épouse, il va habiter chez elle pendant un certain nombre d’années pour payer cette dette en travaillant pour cette famille.

Les femmes Yao ne peuvent accéder à la prêtrise, mais jouisse du prestige de leur mari si celui-ci est prêtre et de plus, elles reçoivent dans ce cas certains attributs religieux. Elles participent, de même que les enfants, à toutes les cérémonies religieuses ou non. Elles tiennent les cordons de la bourse et sont associées aux décisions importantes, de même qu’elles règlent les démarches commerciales de l’activité de la famille.

La maison Yao est une maison extensible. Elle abrite à la fois le couple et ses enfants, les grands-parents, des membres de la famille en difficulté ou de passage. Tout le monde participe d’une manière ou d’une autre à la vie de la maison.

800 80L’autorité fonctionnelle d’un village se compose du chef de village (qui peut aussi être une femme), du conseil des anciens et de la prêtrise du dit village. La gestion du village est réglée par consensus dans cet aréopage, suivant les bases traditionnelles, où le Taoïsme joue un rôle important sur la manière dont on doit se comporter, de même que le respect du culte des ancêtres et certains reliquats de la religion primitive Yao où le chamanisme joue un certain rôle de guérison et d’exorcisme. Certains tabous sont à respecter et un profond respect est attribué à de nombreux esprits ayant trait à la nature ou à l’harmonie de la vie communautaire.

Les yao étant des gens pragmatiques et précis, toute tractation doit se faire par écrit, sous une forme de contrat entre les diverses parties, ceci afin d’éviter les problèmes venant à troubler l’harmonie de la vie.

Hormis de nos jours pour les Yao qui vivent en ville et en milieu rural dans certains pays et qui sont maintenant parfois devenus des propriétaires terriens, la notion de la propriété de la terre n’existait pas auparavant, pour la simple raison que les migrations diverses forçaient les Yao à abandonner leurs terres pour d’autres qui leur étaient attribuées par famille, par le chef du village et par le conseil des anciens. Ceci fait que l’avènement du communisme et son abolissement de la propriété terrienne ne les a pas particulièrement intéressé car ce n’était déjà pas leur propos. Par contre, le résultat de leur travail leur appartenant, ils ne concevaient pas de le partagera avec d’autres.

Dans les années 1950 et 1960, le gouvernement chinois décida de réorganiser et de regrouper les minorités, en particulier celles qui représentaient relativement peu d’individus. Le gouvernement créa ainsi des zones appropriées où étaient concentrées les minorités importantes en nombre et de leur donner, en plus de la nationalité chinoise, la nationalité de leur minorité, les Yao recevant ainsi la nationalité Yao, les Miao de même, les Zhuang de même, etc…

Pour ce faire, dans le cas des Yao Mien et Mun, qui sont au nombre de 2 250 000 environ en Chine (650 000 au nord du Vietnam, 48 000 en Thaïlande et peut-être 20 à 25 000 au Laos), le gouvernement chinois a donné la nationalité Yao à divers petits groupes hétéroclites dans l’est du Guangxi et le sud Hunan. Ces gens que les Chinois appellent maintenant des Yao, puisqu’ils ont la nationalité Yao, sont des Baiku, Ba Pai, Hua, Fan, Qunig Ku, Lakjja, Shashan, Hong. Aucun ne parle le Mien ou le Mun, et en général, ils parlent les langues ou des dialectes Miao, Zhuang (Thai Kaddai) et chinois. Certains sont Taoïstes, mais bien sûr pas les  Miao, et ils n’ont pas de relations avec les usages, cultures et traditions des Mien et des Mun. D’ailleurs, en dehors des région de Chine citées plus avant, dans le reste du Guangxi ou au Yunnan, ces gens sont inconnus. Une des raisons pour laquelle cette restructuration s’est organisée est que ces petites minorités étaient auparavant propriétaires terriens,ce qui n’allait donc pas avec la doctrine en vigueur à ce moment, mais allait avec le fait que les Mien et Mun ne se considéraient pas comme propriétaires des terres qu’ils cultivaient.

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L’implantation des Yao dans les divers pays ou régions s’est toujours faite dans des zones montagneuses, sur des hauts plateaux, toujours près d’un point d’eau, et à différentes altitudes. Ceci a dicté leurs modes de vie et a limité leurs types divers d’agriculture. Les Mien ont préféré les hauteurs proches de 1000 mètres en général. Les Mun se sont installés un peu plus bas, entre 400 et 500 mètres . De nos jours, pour plusieurs raisons et ce dans les quatre pays d’Asie concernés, ces altitudes peuvent varier. Souvent l’altitude est plus faible pour certains. Il découle de ces faits que les Yao, comme d’autres minorités habitant aussi en montagne, ont dû développer une attitude assez autarcique quant à ce qui est de leur existence et de leurs besoins matériels. Ils ont dû dépendre presque uniquement d’eux-mêmes pour construire, organiser, survivre quasi seuls dans cet univers qui, par contre, leur assurait plus de sécurité et peu de soumission.  Le taoïsme, leur religion, a fourni une forme d’organisation collective, de direction spirituelle et de cohésion.

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La fin de la guerre du Vietnam a vu la majorité des Iu Mien du Laos fuir vers des camps de réfugiés en Thaïlande. Après de longues années, ils ont été, de même que les Hmong, déplacés aux USA, en France, en Thaïlande, un peu au Canada, où ils ont fait souche. Au nord du Vietnam, la situation a été différente car la guerre du Vietnam n’a pas affecté ces régions montagneuses et le gouvernement vietnamien s’est rendu compte que ces régions étaient plus peuplées de minorités diverses que de Vietnamiens. Il fallait donc s’en préoccuper, d’autant plus qu’ils occupaient des territoires frontaliers avec la Chine, et donc se révélaient des gardiens appropriés. Cependant, les frontières politiques étant ce quelles sont, différentes des frontières géographiques traditionnelles, les échanges entre le Laos, la Chine et le nord du Vietnam se font, comme de coutume, pour les minorités de ce pays dans la méconnaissance de ces gouvernements.

 

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YAO

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